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L'OEUF DE COLÈRE // Aérosol sur pomme de cèdre, 2024
J’ai mis au monde un oeuf en or. Il a des griffes sur toute la surface. Je ne sais pas s’il est sorti de ma gorge, de mon coeur ou d’entre mes cuisses. Il ressemble à un hérisson. Mais c’est un oeuf. Un oeuf né de ma colère. Je suis en colère parce que j'aimerais que mon nom évoque quelque chose de sublime. Je voudrais être quelqu'un qu'on voit partout et qu'on oublie, comme une égérie. Ou une étoile. J’aimerais que ma manière de m’exprimer inspire et influence. J’aimerais ne pas être une parmi les autres. J’aimerais qu’on me dise si ce que je crée se remarque et bouscule parce que c'est ça que je veux : bousculer.
Je suis en colère contre celles qui brillent, celles dont le nom ou la voix, ou la plume, ont transcendé le monde de l’art, le monde tout court et les mémoires. Je suis en colère parce que je les admire et je les aime, et j’ai une infinie reconnaissance envers leur acharnement, leur magnétisme, leur élégance, leur ingéniosité. Qui leur a appris à devenir des légendes ?
Quand on y pense, toutes les femmes devraient être des reines ou traitées comme telles.
Quand on ne cherche pas la gloire, que cherche t-on ? L’amour, sans doute, mais n’est-ce pas déjà quelque chose de prestigieux ?
J’ai mis au monde un oeuf de colère. Pourquoi brille t-il autant ? La colère est-elle un métal aussi précieux que l’or ?
Est-elle, elle aussi, inaltérable ?
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